/Maladies mentales : « Il est urgent d’agir ! »

Maladies mentales : « Il est urgent d’agir ! »

Début juin, l’Académie nationale de médecine a adopté un rapport appelant à une mobilisation nationale pour soigner les maladies mentales. Des membres du groupe de travail qui l’ont préparé évoquent ces enjeux dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 12h00, mis à jour à 16h37 Temps de Lecture 4 min.

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« Les maladies psychiatriques touchent 20 % de la population.  »
« Les maladies psychiatriques touchent 20 % de la population.  » Ingram / Photononstop

Tribune. Le constat est sans appel. Les maladies mentales apparaissent toujours, dans notre pays, marquées du signe de la fatalité, d’un destin sans espoir, d’une étrangeté radicale perçue encore comme dangereuse. Le déni collectif perdure. Les malades et les soignants demeurent les invisibles de notre société et de notre système de santé.

L’enjeu est pourtant plus que majeur. Les maladies psychiatriques touchent 20 % de la population. Toutes les familles sont concernées à un titre ou à un autre. L’espérance de vie des malades est de quinze ans inférieure à la moyenne. Leur taux de suicide, très élevé, est supérieur à celui des pays voisins. Le coût des troubles psychiques pour la société a été évalué à plus de 110 milliards d’euros par an.

Sortir de l’invisibilité et de l’indifférence collective

Derrière les chiffres, il y a la réalité croissante de jeunes adultes qui entrent dans la maladie avant 30 ans. Diagnostiqués trop tard, ils cumulent souffrance, stigmatisation, troubles somatiques mal ou pas pris en charge, éloignement de l’emploi, difficulté à accéder aux dispositifs sociaux. C’est toute une part de notre jeunesse qui s’efface silencieusement d’une société qui se croit attentive aux plus vulnérables.

Repenser une prise en charge longtemps à la pointe et aujourd’hui gravement à la peine

La crise de la psychiatrie n’est pas une question de moyens. La prise en charge de la maladie mentale constitue le premier poste de dépenses de l’Assurance-maladie, loin devant le cancer et les maladies cardio-vasculaires. La France est le troisième pays de l’OCDE en nombre de psychiatres et dispose à la fois de 50 000 lits d’hospitalisation et de dispositifs alternatifs très complets.

Aux racines de la crise, il y a une organisation des soins devenue inadaptée. Alors que la France a été en avance dans les années 1960 avec la sectorisation, nous ne parvenons pas à adapter notre dispositif aux besoins actuels des malades. Il y a une absence de diagnostic précoce malgré l’apport des Maisons des adolescents. Il y a l’absence de rôle pivot du médecin généraliste. Le malade entre dans la prise en charge par la crise. A cela s’ajoute une inégalité territoriale massive : le nombre de psychiatres pour 100 000 habitants varie du simple au quadruple selon les départements.

Les soins et les dispositifs d’accompagnement sociaux et médico-sociaux demeurent cloisonnés. Confrontées à un système incoordonné et à la gestion de situations d’urgence, les équipes soignantes, malgré la force de leur engagement, s’épuisent à la tâche. Les malades et leurs proches, quant à eux, sont rarement partie prenante de la prévention et des traitements, alors que le numérique offre des perspectives nouvelles.