/Avec Elizabeth Warren, « l’Amérique va-t-elle connaître une bascule progressiste ou une dérive gauchiste ? »

Avec Elizabeth Warren, « l’Amérique va-t-elle connaître une bascule progressiste ou une dérive gauchiste ? »

La sénatrice est donnée gagnante à la primaire démocrate, et s’est prononcée « pour un capitalisme responsable ». Il est « temps de la prendre au sérieux », prévient Arnaud Leparmentier, correspondant du « Monde » à New York.

Publié hier à 10h18, mis à jour hier à 10h46 Temps de Lecture 3 min.

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Chronique. On est allé faire un tour chez les parieurs de Londres, qui donnent à Donald Trump 41 % de chances d’être réélu en 2020. Peut-être, peut-être pas. Plus intéressant est le score d’Elizabeth Warren, la sénatrice progressiste du Massachusetts, qui a, selon les parieurs, 53 % de chance de gagner la primaire démocrate et 28 % de gagner la présidentielle de 2020. Comme on aime les paris risqués, on misera sur Warren, car c’est là que réside le risque de changement majeur pour l’Amérique.

Le projet de loi de Mme Warren accorderait 40 % de sièges du conseil de surveillance aux salariés des grandes sociétés et réduirait les ventes d’actions par les dirigeants

Chacun est au courant de la dérive extrême droitière de Trump, mais 2016 n’est pas 2020. La question pertinente désormais est ailleurs : l’Amérique va-t-elle connaître une bascule progressiste ? Un nouveau New Deal, comme celui instauré par Franklin Roosevelt en 1933 – c’est la manière positive de voir les choses –, ou une dérive gauchiste digne des années 1970, qui consacra la piètre performance économique américaine avant le réveil reaganien de 1980.

Cinquante ans après Woodstock, il règne une atmosphère « seventies » aux Etats-Unis. La tentative d’impeachment de Trump, comme naguère celle de Richard Nixon (1974), qui sape le pouvoir présidentiel. Une banque centrale de facto inféodée au politique qui fait couler l’argent à flots et laisse filer l’inflation. L’inflation n’existe plus, contenue en dessous de 2 %, nous répète-t-on. Et l’envolée de l’immobilier, des actions, des coûts des études sur fond de déficit budgétaire, qu’est-ce donc ?

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A cette dérive politique et macroéconomique s’ajoute une troisième maladie, celle des entreprises. Les patrons américains, payés dix fois plus qu’au début des années 1980, ont senti le vent du boulet. Cet été, ils ont répudié dans une déclaration de la Business Round Table (BRT) – qui rassemble 188 PDG américains – la shareholder value, leur objectif premier qui était de faire croître la valeur de actionnariale de l’entreprise. Ce credo avait été consacré dans une déclaration de 1997, inspirée par le père de l’école de Chicago, l’économiste Milton Friedman. Et voilà que plus de 180 patrons estiment désormais qu’ils doivent tenir compte de tous les « stake-holders », les parties prenantes de l’entreprise, notamment leurs salariés, leurs clients, l’environnement, la collectivité, etc.