/Nucléaire : l’EPR de Flamanville coûtera 12,4 milliards d’euros

Nucléaire : l’EPR de Flamanville coûtera 12,4 milliards d’euros

EDF a officialisé mercredi un nouveau dérapage de 1,5 milliard d’euros du projet de réacteur de troisième génération.

Par Publié aujourd’hui à 08h27, mis à jour à 11h59

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Un employé d’EDF sur le site de l’EPR de Flamanville, le 16 novembre 2016.
Un employé d’EDF sur le site de l’EPR de Flamanville, le 16 novembre 2016. Benoit Tessier / REUTERS

Le groupe EDF va-t-il un jour se sortir de la malédiction de Flamanville ? Mercredi 9 octobre, il a annoncé par communiqué que les travaux sur les soudures défectueuses allaient occasionner de nouveaux surcoûts : 1,5 milliard d’euros supplémentaires, ce qui porte à plus de 12,4 milliards le budget total du projet. Amorcée en 2007, la construction du réacteur EPR de Flamanville, dans la Manche, devait initialement être connecté au réseau électrique en 2012, et coûter environ 3,5 milliards d’euros. En pratique, il ne démarrera pas avant 2023 – au plus tôt.

L’origine de ce nouveau retard est identifiée depuis plus d’un an : en avril 2018, l’électricien a annoncé que plusieurs défauts avaient été repérés sur une soixantaine de soudures. Plusieurs mois plus tard, il est apparu que, parmi les soudures concernées, huit d’entre elles étaient situées à un endroit crucial : elles traversent la double enceinte en béton du bâtiment réacteur.

Pendant plusieurs mois, au début de l’année 2019, la société a tenté de convaincre l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qu’elle pouvait s’abstenir de refaire ces soudures non conformes et conserver peu ou prou son calendrier de démarrage du réacteur. Mais l’ASN a jugé, au printemps, qu’elles ne correspondaient pas au cahier des charges présenté par EDF à l’origine et a demandé à l’électricien de les reprendre entièrement.

Robots contrôlés à distance

Le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk, entendu par les parlementaires sur ce dossier au mois de juillet, avait déploré l’attitude du groupe public, estimant qu’il avait cherché à « se justifier techniquement (…) plutôt que de réaliser la réparation de ces équipements ». A l’inverse, au sein de l’entreprise, si on affirme respecter les décisions du gendarme du nucléaire, on ne cache pas son agacement. « Elle ne gère plus la sûreté, elle gère des procédures », pestait, il y a peu, un cadre dirigeant excédé.

Pour réparer les soudures concernées, EDF a retenu un scénario qui s’appuie sur l’utilisation de robots opérés à distance. Une technologie déjà utilisée sur le parc nucléaire existant, mais que l’ASN doit valider pour cette procédure nouvelle. Une décision qui ne devrait pas intervenir avant l’automne 2020. C’est uniquement à cette date que l’entreprise pourra engager les travaux. L’utilisation de cette technologie permettrait de ne pas détruire le béton qui entoure les conduites concernées.

Si le « gendarme » du nucléaire ne validait pas l’utilisation des robots, la société prévoit un plan B, qui conduirait à un surcoût de 400 millions d’euros et à un retard supplémentaire d’un an. Une stratégie validée mardi par le conseil d’administration de la société, qui a approuvé la poursuite du chantier.

Ce dossier des soudures n’est pas la première difficulté technique à laquelle est confrontée la construction de l’EPR de Flamanville. Des anomalies ont ainsi été découvertes en 2014 sur la composition de l’acier du fond et du couvercle de la cuve. A la demande de l’ASN, celui-ci devra être remplacé, avant la fin 2024 – soit peu de temps après la date espérée de mise en service du réacteur.

Plus récemment, début septembre, l’entreprise publique a annoncé des défauts de fabrication « sur certaines soudures de générateurs de vapeur », des composants cruciaux des centrales, lors de leur fabrication. Les quatre générateurs du réacteur EPR sont concernés – l’ASN n’a pas encore rendu son verdict sur d’éventuels travaux supplémentaires.

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L’avenir de la filière nucléaire compromis

Ce nouveau retard n’a pas pour seule conséquence de repousser le démarrage de l’EPR de Flamanville : il complique l’avenir de la filière nucléaire française dans son ensemble. L’électricien doit présenter au président de la République à la mi-2021 un dossier complet pour la construction de nouveaux réacteurs de troisième génération en France.

Mais cette échéance semble de moins en moins réaliste. Elle avait justement été fixée pour que ce chantier soit lancé après le démarrage de la nouvelle centrale. Or le gouvernement ne souhaite pas s’engager plus loin tant que le réacteur de Flamanville n’a pas démarré. Ce retard repousse dans les faits toute décision à l’après-présidentielle de 2022. Et risque de compliquer la tâche de la filière : quel candidat souhaitera porter dans son programme la construction de nouveaux réacteurs, si Flamanville est encore loin de démarrer ?

Le groupe public doit par ailleurs répondre à une autre demande de l’exécutif : Bruno Le Maire, a demandé en juillet un rapport à l’ancien président de PSA, Jean-Martin Folz, pour faire la lumière sur Flamanville, qui doit être rendu fin octobre. Le ministre de l’économie, le soutien le plus actif du nucléaire au sein du gouvernement, n’a pas mâché ses mots, fin septembre, estimant que « toutes ces dérives sont inacceptables » et que EDF ne doit pas se comporter en « Etat dans l’Etat ». « Il a le sentiment qu’on ne lui dit pas la vérité sur ce dossier, il est exaspéré », décrypte-t-on dans son entourage.

Ces difficultés interviennent alors que l’électricien a également annoncé un surcoût de 3,3 milliards d’euros pour les deux réacteurs EPR qu’il construit sur le site de Hinkley Point C au Royaume-Uni. A ce jour, seules les deux réacteurs de troisième génération de Taïshan, en Chine, ont été mises en service.

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