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Hôpitaux : silence, on coule !

Editorial. Dans une tribune au « Monde », 70 des 77 directeurs médicaux des départements médico-universitaires de l’AP-HP dénoncent un « système » qui « s’écroule ». Pour endiguer cette crise, le gouvernement doit annoncer un effort conséquent.

Publié hier à 11h32, mis à jour hier à 14h23 Temps de Lecture 2 min.

Manifestation de personnels hospitaliers, à Paris, le 26 septembre 2019.
Manifestation de personnels hospitaliers, à Paris, le 26 septembre 2019. SAMEER AL-DOUMY / AFP

Editorial du « Monde ». Le navire hôpital est en train de couler et l’amiral aux commandes semble être aux abonnés absents. Jeudi 14 novembre, pour la première fois depuis une dizaine d’années, la Conférence des doyens de facultés de médecine, des syndicats de médecins, des personnels paramédicaux, des internes, des étudiants en médecine sont appelés à se mobiliser pour « sauver l’hôpital public ». Ce rassemblement quasi inédit montre à quel point la situation est critique.

« Ce système s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité des soins », écrivent dans une tribune que nous publions 70 des 77 directeurs médicaux des départements médico-universitaires de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

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L’hôpital craque de partout – et il ne s’agit plus seulement des urgences, ou de la grève, qui a débuté en mars et touche aujourd’hui plus de 260 services sur 478 dans le public – et c’est son fonctionnement qui est gravement en péril. Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP, souligne que cette crise est notamment due à « des difficultés à recruter et à faire tourner les services ».

« Sous-financement organisé »

Selon la Fédération hospitalière de France, qui met en cause « le sous-financement organisé de l’hôpital », cette incapacité à répondre aux besoins de personnel concerne 97 % des établissements de soins publics. Les signes de ce malaise s’accumulent. A Mulhouse, les urgences risquent de fermer, faute de médecins. A Tourcoing, la maternité est amenée à suspendre les accouchements. Sur les 39 établissements franciliens de l’AP-HP, plus de 900 lits sur 20 000 sont fermés.

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Au centre de la mobilisation du 14 novembre, qui devrait être de grande ampleur, la création de milliers d’emplois supplémentaires va être de nouveau mise en avant, les soignants exigent aussi une hausse immédiate de 300 euros net mensuels pour tous les salaires et l’arrêt des fermetures de lits d’hospitalisation. Quatorze mois après la présentation par Emmanuel Macron d’un plan santé, en septembre 2018, Agnès Buzyn, la ministre des solidarités et de la santé, a annoncé, il y a six semaines, un « pacte de refondation » pour répondre à la crise des urgences.

S’articulant autour de douze mesures, dotées de 754 millions d’euros sur la période 2019-2022, il va dans le bon sens, mais il ne répond pas aux attentes des grévistes. La ministre de la santé, qui connaît bien les conditions de travail à l’hôpital – qu’elle a qualifié, mardi, de « trésor national » – pour y avoir exercé son métier de médecin, ne semble pas avoir pris conscience de l’ampleur de la crise et de la vigueur de la contestation.

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Mardi, au Sénat, où démarrait l’examen du projet de budget 2020 de la Sécurité sociale, Mme Buzyn, qui refusait jusqu’alors de desserrer l’objectif national de dépenses d’assurance-maladie (Ondam) – il prévoyait pour l’année prochaine une augmentation fixée à 2,1 % pour l’hôpital –, a ouvert la porte à une évolution de sa position. « Des discussions sont en cours » sur le niveau de l’Ondam, a-t-elle indiqué. « Ces discussions sont lourdes de conséquences, a-t-elle ajouté dans une allusion à son bras de fer avec Bercy, elles nécessitent des arbitrages difficiles. » Le gouvernement, qui veut éviter à tout prix, à l’approche des grèves du 5 décembre contre la réforme des retraites, une conjonction des luttes, doit annoncer au plus vite un effort conséquent. A moins de laisser couler l’hôpital.

Le Monde