/Amazon : « Derrière le héros du néolibéralisme 2.0 se cache une vision du monde que nous devons combattre »

Amazon : « Derrière le héros du néolibéralisme 2.0 se cache une vision du monde que nous devons combattre »

Un collectif de cent onze associations, d’ONG, d’intellectuels, d’artistes, de libraires, parmi lesquels Ken Loach, Christophe Alévêque, Dominique Méda, Alain Damasio et Jacques Testart, condamne, à l’occasion du « Black Friday », le modèle économique et les pratiques sociales et fiscales du géant du commerce en ligne.

Publié aujourd’hui à 07h00 Temps de Lecture 3 min.

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« Des élus et des membres du gouvernement préfèrent couper le ruban plutôt que de s’interroger sur la disparition de milliers de commerces de proximité pourvoyeurs d’emplois et de lien social partout en France » (Le secrétaire d’Etat au numérique Cedric O, lors de l’inauguration de l’entrepôt géant d’Amazon à Brétigny-sur-Orge le 22 octobre).
« Des élus et des membres du gouvernement préfèrent couper le ruban plutôt que de s’interroger sur la disparition de milliers de commerces de proximité pourvoyeurs d’emplois et de lien social partout en France » (Le secrétaire d’Etat au numérique Cedric O, lors de l’inauguration de l’entrepôt géant d’Amazon à Brétigny-sur-Orge le 22 octobre). PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS

Tribune. La satisfaction du client est l’obsession affichée par Jeff Bezos, le patron d’Amazon, géant du e-commerce aux 180 millions de références. Sa stratégie : le « day one », soit la maximisation des cadences de préparation des colis pour livrer en moins d’un jour, moins d’une heure et peut-être moins d’une demi-heure grâce à des drones de livraison. Son ambition : créer un écosystème complet avec des maisons connectées, des e-books, de la musique, des séries, des films… pour générer toujours plus de commandes de ses produits à bas prix.

Mais derrière le héros du néolibéralisme 2.0 se cache une vision du monde que nous devons combattre.

Malgré les récentes promesses de Jeff Bezos sur les énergies renouvelables ou la compensation de ses émissions, le monde d’Amazon reste un désastre écologique. La multinationale a vendu plus de 11 milliards de produits en 2018. Ses prix bas, ses promotions quotidiennes, poussent à la surconsommation et contribuent à la hausse des émissions de CO2 en démultipliant l’extraction des ressources, les transports par bateaux, avions ou camions.

Echapper à l’impôt

Amazon Web Services (AWS) est également numéro un mondial du cloud et ses data centers ont généré autant de gaz à effet de serre que le Portugal en 2018. AWS fournit ses services à Palantir, une société sulfureuse qui aide Donald Trump à identifier et arrêter des migrants traversant illégalement la frontière.

On estime que pour un emploi créé par la firme de Jeff Bezos, deux emplois sont détruits dans le secteur commercial. Les salariés d’Amazon, dont de nombreux intérimaires, enchaînent des tâches cadencées par les algorithmes de leurs scanners. Dans ses nouveaux entrepôts, ils deviennent des auxiliaires de 100 000 robots de préparation des commandes. Et, bientôt, les livreurs, déjà nombreux à être ubérisés, pourront être remplacés par des drones.

Echapper à l’impôt et aux contraintes légales est une véritable obsession pour le libertarien Jeff Bezos. En bonne multinationale, Amazon déclare artificiellement ses profits dans des paradis fiscaux comme le Luxembourg en Europe ou le Delaware aux Etats-Unis. En France, Amazon a annoncé unilatéralement qu’elle répercuterait la modique taxe GAFA [Google, Apple, Facebook et Amazon] sur ses fournisseurs. A Seattle, où est situé son siège, Amazon a fait annuler une taxe sur les multinationales en faveur des sans-abri pourtant votée à l’unanimité par le conseil municipal.

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Douze ans après l’ouverture de son premier entrepôt français à Saran (Loiret), Amazon a inauguré, en présence du secrétaire d’Etat au numérique Cédric O, un entrepôt géant équipé de 4 000 robots à Brétigny-sur-Orge dans l’Essonne. De nouveaux sites doivent voir le jour à Fournès, dans le Gard et près de Metz, en Moselle. Nous ne nous mobilisons pas contre les 7 500 salariés d’Amazon, qui cible des bassins d’emploi sinistrés pour s’implanter à moindres frais. Mais les emplois promis par Amazon conduisent à l’aveuglement des élus et des membres du gouvernement qui préfèrent couper le ruban plutôt que de s’interroger sur la disparition de milliers de commerces de proximité pourvoyeurs d’emplois et de lien social partout en France.