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La Russie au ban du sport mondial

Conférence de presse de Stanislav Pozdniakov, le président du comité olympique russe, à Moscou, le 9 décembre, après l’annonce de la suspension du pays.
Conférence de presse de Stanislav Pozdniakov, le président du comité olympique russe, à Moscou, le 9 décembre, après l’annonce de la suspension du pays. ALEXANDER NEMENOV / AFP

Editorial du « Monde ». Le hasard a voulu que Vladimir Poutine soit à Paris pour des pourparlers avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, sur le conflit du Donbass, le jour même, lundi 9 décembre, où était annoncée la décision de l’Agence mondiale antidopage (AMA) de suspendre la Russie des compétitions sportives mondiales pour quatre ans.

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La coïncidence est fortuite, mais les deux événements sont, d’une certaine manière, liés. L’énorme fraude à la lutte antidopage qui a fini par aboutir à la sanction prise par l’AMA remonte aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, en 2014. Organisés près de sa résidence d’été, les JO de Sotchi devaient, aux yeux de M. Poutine, marquer le retour de la grandeur de la Russie dans la compétition sportive, comme au temps de l’Union soviétique. Pour assurer ce triomphe, révéla plus tard le chef du laboratoire antidopage de Moscou, Grigory Rodchenkov, une opération d’une remarquable sophistication fut mise en place sous la supervision des services secrets pour échanger, la nuit, les échantillons d’urine des athlètes dopés contre des échantillons sains.

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Quelques semaines plus tard, le Kremlin annexait la Crimée et lançait une opération militaire en appui des séparatistes prorusses pour prendre le contrôle du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Ces deux événements témoignent, dans des domaines différents, d’une volonté de domination et de dissimulation, accompagnée, si nécessaire, de la violation des normes et des lois internationales.

Le courage des lanceurs d’alerte

La guerre du Donbass a coûté la vie à plus de 13 000 personnes et son règlement exigera encore de longs efforts diplomatiques. La sanction qui frappe le sport russe, et qui aura pour effet de bannir le drapeau de ce pays de toutes les compétitions internationales, y compris sans doute les prochains Jeux olympiques de Tokyo, en 2020, était plus simple à prendre ; il a pourtant fallu de multiples enquêtes et rapports, après les révélations initiales de la chaîne de télévision allemande ARD, pour y parvenir. Outre le dopage à grande échelle organisé de 2011 à 2015, la Russie, lorsqu’elle a bénéficié d’un sursis il y a un an, a cherché à tromper les enquêteurs en manipulant les données du laboratoire de Moscou remises à l’AMA.

Il faut ici saluer le courage des lanceurs d’alerte, en particulier celui des athlètes russes. Ils ont dû s’exiler et changer d’identité, de même que Grigory Rodchenkov, pour avoir dit la vérité. Deux anciens dirigeants de l’agence antidopage russe sont morts en 2016 dans des conditions mystérieuses.

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Cette sanction est largement méritée. Certes, la Russie pourra continuer à disputer les compétitions européennes, dont le championnat d’Europe de football, et, pendant la période de suspension, les athlètes russes qui n’ont pas été impliqués dans le dopage en cours dans leur pays jusqu’à 2015 pourront concourir sous pavillon neutre. Mais cette mise au ban est un coup dur pour un pays qui a fait du sport l’un des instruments de son rayonnement international.

La procédure d’appel a peu de chances d’aboutir. Le premier ministre, Dmitri Medvedev, a beau dénoncer « un feuilleton antirusse », c’est bien un système de fraude systématique, décidé au plus haut niveau de l’Etat, qui a été mis en lumière : loin d’être écarté, Vitali Moutko, ministre des sports à l’époque des JO de Sotchi, est aujourd’hui vice-premier ministre.

Le Monde