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Airbus paie pour clore les enquêtes anticorruption qui le visent

Un Airbus A330 Neo en démonstration au Salon aéronautique du Bourget, près de Paris, en juin 2019.
Un Airbus A330 Neo en démonstration au Salon aéronautique du Bourget, près de Paris, en juin 2019. ERIC PIERMONT / AFP

Le ciel se dégage encore un peu plus pour Airbus. L’avionneur européen, qui vient de reprendre son rang de leader mondial de l’aéronautique, surclassant son rival américain Boeing, a annoncé, mardi 28 janvier, avoir trouvé un accord de principe avec les autorités américaines, britanniques et françaises, qui menaient des enquêtes anticorruption contre lui. En pratique, ces accords avec le Parquet national financier (PNF), en France, le Serious Fraud Office (SFO), en Grande-Bretagne, et le Department of Justice (DoJ) aux Etats-Unis, devront recevoir le feu vert des autorités des trois pays pour être validés.

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Selon des proches du dossier cités, lundi 27 janvier, par le quotidien britannique Financial Times, Airbus, qui se refuse à tout commentaire, pourrait avoir à débourser environ trois milliards d’euros pour solder ces trois enquêtes anticorruption. Une somme importante, mais moindre que redouté et qui est loin de mettre l’avionneur européen en difficulté financière.

En 2018, il a réalisé un chiffre d’affaires de 63,7 milliards d’euros et un bénéfice de trois milliards d’euros. En acceptant de mettre la main à la poche après de longues et délicates négociations, l’avionneur européen évite des poursuites pénales et écarte le risque d’une condamnation en tant que personne morale. Un scénario du pire qui aurait pu signifier, in fine, l’exclusion d’Airbus des marchés publics internationaux pour une durée de cinq ans.

C’est en juillet 2016 que le SFO et le PNF ont démarré leurs investigations après qu’Airbus a révélé de lui-même avoir eu recours à des intermédiaires pour faciliter la vente, sur les marchés internationaux, de ses avions de ligne. Le recours aux intermédiaires, des « business partners » comme on les appelle pudiquement, est une pratique autorisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mais à la condition expresse qu’ils soient clairement identifiés et que leurs rémunérations apparaissent officiellement.

En 2014, après la nomination de l’allemand Tom Enders à la présidence d’EADS, devenu depuis Airbus Group, l’avionneur avait découvert que nombre des pratiques du Strategy and Marketing Organization (SMO), une entité interne chargée de gérer les fameux business partners, étaient non conformes. Dans la foulée, Airbus avait dissous le SMO et s’était séparé de plusieurs de ses intermédiaires.

Purge en profondeur

En choisissant lui-même de révéler au grand jour des pratiques inappropriées, Airbus s’est inspiré de la stratégie adoptée par le motoriste britannique Rolls-Royce. Accusé des mêmes turpitudes et sous le coup d’une enquête du SFO, le groupe avait choisi d’apporter sa « coopération entière et extraordinaire » à la justice. En retour, en 2017, il avait bénéficié de circonstances atténuantes et son amende avait été minorée. Rolls-Royce avait été condamné à payer 671 millions de livres (environ 795 millions d’euros, au cours actuel).