/A Châteauroux, le hub sino-européen a fait long feu

A Châteauroux, le hub sino-européen a fait long feu

La maquette de la zone d'activites économiques franco-chinoise, présentée à  l'Agence de développement économique de l'Indre (ADEI).
La maquette de la zone d’activites économiques franco-chinoise, présentée à  l’Agence de développement économique de l’Indre (ADEI). Jerome CHATIN/EXPANSION-REA / Jerome CHATIN/EXPANSION-REA

Vendredi 24 janvier, ils sont six jeunes Chinois, dont certains accroupis, à attendre leur autobus sous un abri de la ligne 11. Au bout d’un quart d’heure, l’un d’eux réalise que la grève des transports n’est pas terminée et le petit groupe retourne à son dortoir, une ancienne caserne militaire rénovée, dans la zone de la Martinerie, près de Chateauroux.

« C’est notre deuxième année. On est loin de tout, le Carrefour est à une heure de marche. Hâte de retourner à Pékin ! », dit une jeune fille. Au pied de son lotissement télésurveillé, elle reçoit un message WeChat : un mystérieux chaperon lui demande de cesser l’interview.

Ce groupe d’étudiants – une soixantaine pour 180 chambres rénovées – est l’unique succès d’Eurosity, dont les pancartes plantées en bord de routes promettent toujours un flambant « hub sino-européen » aux Castelroussins.

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L’histoire démarre en 2007, lorsqu’un représentant du conseil régional, Jacques Gautherie, tisse des liens avec un promoteur de Dalian, ville portuaire prospère du nord-est de la Chine. L’aéroport de Châteauroux – ancien aérodrome de l’OTAN – alors géré par la région, envoie sur place son directeur, Mark Bottemine. L’homme multiplie les déplacements, persuadé qu’il trouvera des entreprises pour développer le fret aérien.

« En Chine, il faut se voir, se revoir, devenir “ami” et ensuite, on peut parler business ! », confiait-il, sûr de lui, à la presse. Des délégations d’édiles sont accueillies en Chine en grande pompe, où des entreprises leur signent des lettres d’intention à tour de bras. Quatre mille emplois sont promis. La suite est une succession d’annonces et de renoncements.

Bâtiment fantôme

Il est surtout question d’une vaste zone économique, étalée sur trois petites communes à l’orée de Châteauroux et déclinée en trois pôles : éducatif, industriel, résidentiel. Baptisée Eurosity, elle est portée par la SFECZ, une microfiliale du promoteur immobilier Beijing Capital Land. Laquelle annonce d’emblée l’arrivée de plusieurs vaisseaux amiraux : le fabricant d’ascenseur Shanghai Sanei Elevators, pourtant déjà installé dans l’Yonne, et le géant des télécom Huawei.

Un entrepôt logistique de 120 000 m2 est attendu pour accompagner l’implantation européenne d’un géant chinois d’e-commerce. Une filiale de la China General Nuclear Power Group (CGN) promet aussi la création de deux centrales photovoltaïques. Un petit château décati s’attend à devenir un hôtel 4 étoiles. De tout cela, rien ne naît.